Différences entre les deux versions du Thriller

Soumis par Lionel le jeu 05/03/2020 - 00:00

La version avec prologue et noms réels ajoutés a été publiée quelques jours avant mon procès et ma fuite à l'étranger.

Comme je m'en explique dans le prologue, il s'agissait pour moi de me protéger. Mais l'histoire se trouve légèrement modifiée.

 

Révélation du nom réel de plusieurs personnages

Personnages
Nom dans la version originale Nom dans la version avec prologue
José Ricardo François Bernardini
Mme Pons Jacqueline Camail
Jean-Jacques Béziat Jean-Pierre Galland
Geoffrey Bisson Jean-Marie Huet
Docteur Paquette Dr Nourdine Karchouni
M. Grandbois François Pion
(non expressément cité) Olivier Rabot
Georgette Lachapelle Christiane Taubira
Bertrand Levallois Bernard Tomalak
Paul Smith Manuel Valls

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques détails mineurs

D'autres détails ont été ajoutés dans la version avec prologue, et il y a eu quelques corrections.

Dans la version originale, le frère du procureur se fait arrêter pour excès de vitesse dans une voiture de sport. Pour la compréhension de l'histoire, il importait peu de savoir dans quelle voiture il circulait. Mais dans la version nominative, je ne pouvais pas laisser une erreur sans risquer d'être taxé d'exagérer. Donc j'ai précisé qu'ils s'agissait d'une Méhari, ces petites voitures décapotables qui normalement ne roulent pas vite, ce qui n'a pas empêché le frère de ce magistrat d'être en infraction et de faire valoir sa qualité de « frère » pour échapper à une condamnation. Ce qui était utile, au delà de l'anecdote, était surtout la description qui suivait de plusieurs hypothèses pour comprendre non pas la personnalité du frère, mais celle du magistrat. Cette description apparaît au chapitre 56, « L'Appel téléphonique ».

 

Des explications complémentaires par rapport à la presse

Une critique qui me sera certainement opposée, une fois que je révèle les noms de cette affaire (je les révélais bien avant, sur Internet, mais mes affirmations étaient plutôt prises avec légèreté), sera de savoir pourquoi je n'ai pas informé les médias. Je l'ai malheureusement fait, mais sans succès.

J'avais, de temps en temps, écrit quelques mails à plusieurs rédactions. lors de l'annonce du rapt, j'avais eu le nom d'un contact au Nouvel Observateur, qui n'avait pas abouti.

Mais c'est lorsque les choses se sont compliquées, à partir de 2014, avec les interventions du parquet et de la police, le risque d'internement, les pièges tendus, etc. que j'ai souhaité passer à la vitesse supérieure avec l'information de journaux mieux ciblés. Le premier auquel on peut penser est Médiapart, qui venait d'être créé quelques temps avant. Au delà d'un simple mail, je me suis rendu en personne au siège du journal. Je le racontais brièvement dans la version originale du livre, sans mentionner le nom de l'hebdomadaire, au chapitre 73, « Les tests hypnotiques ». Dans la version avec prologue, je fournis des détails supplémentaires :

Un journal d’investigation, Médiapart, lancé sur internet avait mis à jour quelques petits scandales. Je repère leur adresse physique et m’y rends : rien de plus efficace qu’une rencontre dans leurs bureaux.

C’est le début de l’après-midi. Coup du hasard, quelques centaines de mètres avant d’arriver à leur siège sortent d’un restaurant trois personnes, et parmi elles le patron du journal !

— Monsieur, vous êtes Edwy Plénel ! Bonjour, j’ai vraiment de la chance de vous rencontrer, je me rendais chez vous…

— Bonjour.

— Je viens des Bouches-du-Rhône, d’Istres. J’ai des documents qui concernent une affaire sur Bernardini… Je peux les montrer à quelqu’un de chez vous ?

Plénel apparaît très réceptif à la seule évocation du nom du maire. Nous continuons à marcher pendant que je lui explique que j’ai dû fuir ma ville. Dès notre arrivée au journal, il me présente à une journaliste et lui donne quelques instructions, dans son jargon que je ne comprends pas, mais peu importe, je sens que j’atteins mon but.

Je dispose de plusieurs papiers avec moi, que je souhaite montrer à cette collaboratrice. Mais elle reste floue, elle me parle de Wikileaks et de son volet français, et insiste dessus. Elle me dit qu’aujourd’hui tout se déroule via leur site internet ultra-sécurisé dont elle me donne l’adresse. Je réplique que ça n’empêche pas qu’elle jette dès maintenant un œil, pour que je puisse dans la foulée répondre à ses interrogations. Refus de sa part : ce n’est pas la procédure. Elle m’assure et me convainc de rentrer chez moi et de tout télécharger.

Je me suis vraiment rendu au siège de Médiapart, j'ai vraiment rencontré Edwy Plenel à la sortie de son restaurant, je lui ai vraiment parlé de Bernardini, et il s'est montré curieux, jusqu'à ce qu'il me dirige vers une de ses collaboratrices qui continuera à faire croire qu'ils sont intéressés, alors qu'il s'agissait de m'écarter. Je conçois que mon histoire puisse ne pas les intéresser, mais qu'ils me le disent directement au lieu de me faire mariner plusieurs jours, avec de faux espoirs. Parce que ma rencontre avec Plenel qui montrait de l'intérêt m'avait redonné espoir. Alors qu'en réalité il n'en était rien…

Le second point qui me fait tiquer par rapport aux médias est la possibilité qu'ils fassent partie, même de manière involontaire, d'un « système de puissance » : ils tirent de leur activité un certain pouvoir, c'est indéniable, mais ce pouvoir pourrait être soumis à des règles implicites qui consistent à n'accepter les informations uniquement lorsqu'elles émanent de certaines autorités que, eux, acceptent. Si c'est un inconnu qui apporte les informations, alors il se pourrait que celles-ci n'entrent pas dans leur cadre acceptable. Ce point de vue que je peux soutenir est discutable, et c'est la raison pour laquelle je ne me suis pas étendu sur le sujet dans la version originale et je me suis limité à des faits dans la version avec prologue.

Le deuxième journal auquel je me suis rendu, là encore physiquement, est le Canard enchaîné. Je le mentionne explicitement dans la deuxième version, tandis que dans la première je me contentais d'émettre des doutes sur l'indépendance affichée par ce journal : je pense que là encore nous avons un organe qui participe, sans doute involontairement, à ce système plus général.

Anecdotiquement, je révèle également que le quotidien Les Nouvelles provençales de la version originale est en réalité le journal La Provence mais c'est sans grande incidence.

 

Une modification peu souhaitable d'un chapitre

Vers la fin du livre, dans la version originale, que je soutiens, j'écrivais que le maire Ricardo n'avait jamais existé (et pour cause, son nom était imaginaire !) et je remettais en cause la création d'histoires que nous pourrions croire en les reléguant au simple rang de paroles. Or, à partir du moment où j'ai révélé que le maire existe bel et bien, et que je fournis son nom, je ne pouvais plus garder plusieurs paragraphes tels quels et j'ai dû les modifier.

 

Ma préférence pour la version originale

La version avec des noms réels a été éditée essentiellement en vue de me protéger face au procès, que j'estime truqué, qui devait se dérouler à Aix-en-Provence en février 2020.

Mais les noms des intervenants que je cite ne m'apparaissent toujours pas primordiaux. Ce que je voulais révéler dans le livre était l'existence d'un système étatique biaisé voire corrompu. le nom des personnages n'est, selon ma vision, qu'anecdotique. Je prends l'exemple de Bernardini. S'il n'existait pas, ce serait un autre personnage qui prendrait sa place, dans une autre ville de France, peu importe, mais ce n'est pas la personnalité de Bernadini qui est en cause, mais un système qui permet l'émergence de tels individus.

Dans la version originale, j'avais remplacé le nom du Premier ministre de l'époque, Valls, ainsi que de la garde des Sceaux pour les mêmes raisons. Ces gens-là ne me connaissaient même pas. Je ne suis, comme plein d'autres Français, qu'un numéro dans leurs dossiers. Les réponses qui me sont adressées de la part des différents ministères le sont par des personnes qui bénéficient d'une délégation de signature et qui se servent de cette fonction pour faire barrage à des dossiers embarrassants pour leur hiérarchie. Là encore, les noms des ministres m'apparaissent substituables car je persiste à dire que c'est le système actuel qui est en cause, et non pas de simples personnes qui touchent au pouvoir durant quelques années avant d'être remplacées par d'autres.

Personnellement, je conserve une préférence pour la version originale du Thriller.

 

Pour aller plus loin : téléchargement et lecture des versions du livre.