Prologue

Soumis par Lionel le sam 01/02/2020 - 01:00

Prologue

 

Mercredi 18 septembre 2019, 7 h 20 du matin, ça sonne à ma porte. Je revenais d'un voyage en région parisienne la veille, et j'avais laissé, à leur choix, mes enfants dormir chez leur maman ou leur grand-mère. À cette heure-ci, c’est sûrement ma fille qui vient prendre un document pour sa classe, qu'elle avait oublié chez moi. J'enfile un peignoir et je descends.

— Océane, c’est toi ?

— Police ! Ouvrez !

 

Et zut ! Ils viennent m'attraper. Voilà des années que j'avais eu des problèmes avec certains policiers et des gens du parquet d'Aix-en-Provence, mais je pensais qu'ils m'avaient laissé tomber. Plus précisément, ça remonte à 2014, lorsque ces magistrats et policiers voyous m'avaient tendu un piège pour m'interner. Je m'étais défendu, ou plutôt j'avais fui en quittant la région et en exerçant des recours devant les tribunaux. Puis, quand tout était redevenu normal, j'étais rentré chez moi.

Je ne pensais pas qu'ils rappliqueraient… En réalité, ils attendaient que tout se calme, que je baisse ma garde pour m'avoir. Aujourd'hui, ils sont devant mon domicile pour me capturer, comme un gibier. Je n'ai maintenant pas d'autre choix que de me laisser prendre…

— Attendez, je m'habille et je vous ouvre.

— Non, ouvrez !

Ils décident de beaucoup de choses, mais pas de tout. Je veux quand même m'habiller. Je n'ouvre pas encore et je vais me changer rapidement.

Je n'ai pas d'idée sur ce qui m'attend. D'abord, je ne sais même pas s'ils obéissent à un ordre légal, ou s'ils jouent les cowboys comme précédemment, en dehors de toute procédure. Et quand on voit les bavures suivies d'une impunité des policiers, on doit s'attendre à tout. Vont-ils prétendre que j'ai voulu résister et qu'ils n'avaient d'autre choix que de faire usage de leur arme sur moi ? C'est possible. Mais ça ne m'intéresse absolument pas. Finalement, je vais les laisser devant ma porte un peu plus longtemps que prévu et je contacte mes proches.

Les policiers s'activent sur la sonnette et tambou­rinent sur ma porte, tellement fort que je me demande s'ils ne vont pas la casser à nouveau, comme il y a cinq ans.

J'appelle ma mère. Elle est au courant que certains policiers, de simples exécutants au sein de l'État, veulent m’attraper. Ensuite, ce sera direction la prison, comme à l’époque des lettres de cachet, ou, en version moderne, expédié sans procès dans un asile. Là-bas, je n'aurai ni avocat ni contact avec l'extérieur. Juste droit à des médecins qui prescriront des médicaments pour faire de moi un légume.

Les instructions que je laisse rapidement sont, en cas d'arrestation, de « faire du foin » sur les réseaux sociaux. Ça fait longtemps que j'avais laissé quelques vidéos qui me servent de témoignage. Jusqu'à présent elles n'ont pas beaucoup été visionnées, et pour cause, on pouvait penser que j'exagérais, que j’étais un « mytho », que nous étions dans un État de droit, et qu'il ne pouvait rien m'arriver. Maintenant, nous voyons que je ne surestimais pas le risque.

 

Je reste tout de même confiant : les policiers ont beau cogner sur ma porte, ils ne devraient pas pouvoir rentrer car dorénavant je ferme les deux verrous. Mes premiers messages d'alerte sont partis, je me sens légèrement mieux, bien que toujours dans un relatif état de stress. Je me prépare un thé.

La situation semble aller mieux. Plus d’une demi-heure s’est écoulée. Ils ont arrêté de sonner et frapper à la porte.

 

« Bzzzz… »

Et zut encore ! Cette fois ils attaquent ma serrure à la perceuse ! Je dois me barrer de là. Je passe par ma cave qui accède à une petite cour extérieure. J'escalade le mur comme je peux, et à peine ma tête dépasse que j'entends :

— Vous, là ! Ne bougez plus !

C'est un policier posté à l'arrière de mon bâtiment. Effectivement, ils ont tout cerné…

— Bon, OK, je me rends, mais dites à vos collègues d'arrêter de casser ma serrure…

Il semble marmonner quelque chose que je ne comprends pas. Le bruit continue.

— S'il vous plaît, vous voyez bien que je ne peux pas m'échapper, laissez-moi aller ouvrir la porte, je me rends.

Il m’autorise et je vais ouvrir. Je suis certain de me faire défoncer la tête, mais ce n'est pas le plus grave : que vont-ils faire de moi ? Je n'oublie pas qu'ils peuvent me tirer dessus et mettre ça sur de la légitime défense. S’ajoute ma crainte depuis des années, qu’ils m’envoient direct chez les fous. Mais je n'ai plus le choix. Je suis cuit.

— C'est bon, j'ouvre !

Je leur crie à travers la porte d’arrêter leur outil.

À peine la porte entrebâillée, je me tourne immédiatement pour qu'ils me menottent. Ainsi la légitime défense sera plus difficile pour eux à alléguer. Je suis dans l'entrée. Mon premier poignet est menotté, je tente d'aller dans la rue, c'est ma sécurité : là, ils ne pourront pas me passer à tabac. En vain, le policier me repousse chez moi. Ils entrent à plusieurs, des hommes et des femmes. Je suis impuissant.

— On ne vous veut pas de mal, on ne vous emmène pas dans un hôpital psychiatrique.

C'est à moitié rassurant. De toute façon je n'ai pas le choix. Une policière qui doit être la chef m'annonce qu'elle me place en garde à vue. Pendant ce temps les autres parcourent les pièces de mon domicile. J'avais laissé un désordre assez impressionnant pour justement éviter ce genre de situation, où l'on vienne tout fouiller et perquisitionner. Mais ça n'a pas servi à grand chose.

On m'énonce mes droits. Je les connaissais déjà : je pourrais avoir un médecin, mais ça ne m'intéresse pas, je ne souhaite que l'avocat.

D'après la policière, ça faisait quarante-cinq minutes qu'ils poireautaient. Ça les agace, d'autant plus qu'ils viennent spécialement de Marseille, à cinquante kilomètres de là.

Donc ce ne sont pas des policiers d'Istres, que je redoutais.

Ils saisissent mes matériels informatiques, y compris l'ordinateur de mon fils, ma caméra, mon téléphone.

Nous sortons. Ils sont venus avec deux véhicules banalisés. Eux-mêmes n'étaient pas en uniforme, à part le brassard rouge. Je suis à l'arrière, toujours menotté.

Direction l'Évéché. L'Évéché, à Marseille, c'est, au niveau des Bouches-du-Rhône, un peu comme le 36 quai des Orfèvres à Paris. J'ai droit à des égards… Bof !

Arrivés sur place, on me fait découvrir les sous-sols, une cellule où l'on m'enferme.

 

Le temps n’a plus d’importance, je me doute que je vais y passer un jour ou deux. Mon avocate me confirme de la possibilité de garder le silence.

On m’informe qu’une policière d’Istres, Mme Monjeau [son nom a été modifié.], a porté plainte contre moi pour un prétendu harcèlement sur les réseaux sociaux, ce qui lui a valu trois jours d’arrêt de travail. Le parquet a ajouté à mon encontre une « dénonciation calomnieuse ».

Tous demandent que je supprime mon compte YouTube, ou au moins quatre vidéos dans lesquelles je cite les noms de la policière et deux procureurs d’Aix. Je les y accuse d’avoir fabriqué de faux procès-verbaux d’enquête, d’avoir inventé le nom d’une troisième procureure qui n’existait pas à ce poste-là, et enfin d’avoir affabulé une expertise psychiatrique à mon encontre.

Pendant plus de deux heures, je vais coopérer, avec le sourire. Je réponds à leurs interrogations, je confirme être l’auteur des vidéos et de différentes pages Web, et d’avoir envoyé à la policière en début d’année une lettre recommandée lui demandant confirmation qu’elle était bien l’auteur des faux PV. Elle n’a, bien sûr, jamais donné suite.

La policière passe en revue les vidéos les unes après les autres, avec toujours la même interrogation :

— Pourquoi avez-vous publié ça ?

— Pour deux raisons : me protéger et avancer. La protection, c’est pour permettre à mes proches de communiquer si le parquet m’envoie en prison ou dans un asile. Alors mon entourage pourra ressortir l’affaire. Quant à l’avancement, c’est pour éviter que mon affaire, celle d’un kidnapping avec versement de rançon soit étouffée, comme essaie de faire le parquet.

— Vous êtes actuellement placé en garde à vue, vous croyez que vous allez avancer comme ça ? m’interroge-t-elle.

— Oui… Même si ça peut vous paraître bizarre, je vais avancer. C’est ma façon de voir.

Je ne lui détaille pas les quelques dogmes de PNL, la programmation neurolinguistique, ou de sémantique générale, auxquels je me réfère, c’est inutile. Je sais que tout ce que les gens rangent habituellement derrière une notion de prétendu « échec » n’est qu’une impression, une croyance. Bien entendu, ma situation est loin d’être évidente, mais ce que je suis en train de vivre constitue une transition vers la réussite. Si la police et le parquet décident de me chercher et me placer en garde à vue plusieurs années après les faits, c’est à cause de la situation actuelle qu’ils ne supportent plus, et non pas la situation passée. Ce sont eux qui sont en train de craquer, pas moi, même si ça se fait à mes dépens.

 

Je répète, pour chaque pièce qu’on me présente, que je n’ai et n’avais aucune intention de harceler la policière Monjeau. Et si j’ai pu écrire que cette femme a établi des faux documents, que je reproduis sur la Toile pour les montrer, c’est parce que je maintiens que ce sont des faux qui ont été établis contre moi. Je martèle que je n’ai pas l’intention de la diffamer, mais de laisser par précaution derrière moi tous ces faux documents établis pour éviter mon arrestation ou mon internement.

La policière face à moi me précise que je risque surtout la prison, plutôt que l’internement. C’est son point de vue, pas le mien.

J’aurais dû être relâché après ces longues heures d’entretien, car je clame être innocent. Je vais au-delà : je suis une victime de policiers.

 

On me raccompagne à mon cachot. Le temps s’écoule. La porte s’ouvre et on me dirige non pas vers la sortie, mais vers une petite pièce.

— Vous devez voir le psychiatre, m’annonce mon gardien.

 

— Docteur, bonjour, dis-je. Je n’ai pas demandé de psychiatre, et je ne veux pas vous voir. Ne vous fâchez pas, mais vous comprendrez que je ne vous parle pas.

Le médecin n’obtiendra aucune réponse verbale de ma part. À l’issue de l’entrevue, il me signale qu’il a détecté chez moi trois caractéristiques :

— Vous savez vous opposer, vous êtes en colère et vous êtes joueur.

Il n’y a pas de quoi m’envoyer en psychiatrie… Je retourne dans ma geôle pour la nuit. Le lendemain, j’ai encore droit à un petit entretien au cours duquel on me demande à nouveau si j’entends supprimer mes vidéos. Je n’ai pas changé d’avis durant la nuit. Bien au contraire.

 

Durant le reste de la journée, je vais être aux petits soins de trois policiers qui vont m’encadrer jusqu’à Aix où je vais passer d’abord devant la vice-procureure qui gère cette procédure puis devant le juge des libertés et de la détention. J’avais demandé l’assistance d’un avo­cat, mais aucun n’a été désigné. Et seul face à ces magistrats, je n’ai pas mon mot à dire, sauf ce que la procureure veut entendre. La tournure qu’elle emploie déforme le sens que je voulais donner :

— Je regrette que Mme Monjeau ait été choquée par mes publications.

— Vous saviez qu’elle n’avait pas fait de faux document ! hurle presque la magistrate.

Elle continue à débiter ses remontrances.

— Excusez-moi, interrompé-je timidement. Selon vous, elle n’a pas fait de faux document, je comprends votre point de vue, mais ce n’est pas le mien…

J’ai l’impression qu’elle va me tuer ! Si je veux continuer à parler, je ne dois pas dire de mot de travers, ou sinon elle met fin à l’entretien, à son seul bénéfice.

— Vous avez votre façon de penser, poursuis-je, et j’ai la mienne.

— Vous savez qu’il est impossible que la policière ait fait de faux documents. Donc, quand vous écrivez à ses supérieurs qu’elle a fait des faux, c’est une dénonciation calomnieuse, parce qu’au fond de vous-même, vous savez que ce n’est pas vrai ! Vous devez supprimer vos vidéos !

— Excusez-moi madame, mais j’ai détaillé lors de ma garde à vue que je dois les laisser pour ma propre sécurité.

— Nous n’avons pas encore le droit de faire supprimer ces vidéos, en tout cas pas avec la législation actuelle, et j’espère que ça va changer. Vous allez être libéré sous contrôle judiciaire, avec plusieurs obligations à respecter dans l’attente de votre procès en février prochain. Si vous ne les respectez pas, vous serez, cette fois, définitivement placé en détention jusqu’au jour de votre comparution.

 

Plusieurs heures plus tard, lorsque je passe devant le juge des libertés et de la détention, je n’ai pas mon mot à dire. Son ordonnance était déjà imprimée. Moi qui croyais qu’on avait le droit de nous défendre, c’est faux. Lorsqu’on est accusé, ce sont les magistrats qui décident pour nous. J’hallucine.

 

Mes obligations, en vrac, sont de pointer chaque semaine au commissariat d’Istres et de ne pas entrer en contact avec la policière Monjeau. C’est facile. Suivent d’autres obligations, dont certaines m’apparaissent fantaisistes, telles que de ne pas détenir ou porter d’armes ainsi qu’une obligation de soins psychologiques ou psychiatriques.

 

Nous devons apprendre à nous projeter. Le jour de mon procès, il est certain que le juge ne s’éternisera pas sur mon dossier. Le procureur commencera par me présenter comme une personne qui a harcelé une policière, publié de fausses informations la concernant sur les réseaux sociaux. Il rappellera les conditions de mon contrôle judiciaire, de ne pas détenir d’armes. On me collera l’image d’une personne violente, qu’on a dû obliger de se faire soigner. Ce magistrat rappellera que ce passé « façonné » n’excuse en rien le mal qui a été fait et demandera à mon encontre une sanction exemplaire.

J’aurais beau clamer mon innocence, raconter que je suis victime d’un acharnement de policiers et du parquet à mon encontre, ça sera trop tard, je serai déjà caté­gorisé comme « fou » dans l’esprit du juge. Il ne m’enverra pas tout de suite en asile. Sur les cinq années de prison encourues pour dénonciation calomnieuse, il m’en appliquera bien trois d’office, histoire de rappeler qu’il est hors de question de s’attaquer par quelque moyen que ce soit aux forces de l’ordre.

 

Mais surtout, ce qu’attendent le parquet et les deux ministères, de la Justice et des Affaires étrangères, car ce sont eux les commanditaires de mon anéantissement, depuis bientôt douze ans, est la suppression de toutes les preuves de leurs magouilles que j’ai laissées sur la Toile. Avec une simple décision judiciaire à mon encontre, ils obtiendront des sociétés privées du Net tout ce qu’ils veulent : mes vidéos YouTube que je laissais en guise de témoignage, les détails que je postais sur mes pages Facebook, tout cela disparaîtra. Une censure d’État.

 

Il n’y aura qu’une seule chose qu’ils auront du mal à faire disparaître : les livres. Nous ne sommes pas encore à l’ère de 1984 de Georges Orwell, et le contenu des bouquins ne sont pas modifiés par l’administration au fil des fluctuations politiques. Ils pourront me déclarer fou, mais un fou conserve le droit décrire, de raconter.

J’avais écrit mon Thriller vers 2016, publié gratuitement en version électronique. Le livre était terminé et je n’y touchais plus, hormis quelques corrections mineures. Tous les noms des intervenants dans mon histoire avaient été anonymisés. Je racontais même, vers la fin, qu’un des personnages clés, le maire Ricardo, n’existait pas.

Là, pour ma sécurité, il en va différemment. Je dois balancer un peu plus de noms. Mon histoire n’est pas inventée, elle est malheureusement bel et bien réelle. Bien entendu, je vais garder sous silence les patronymes des personnes de la sphère familiale, ainsi que des petits intervenants dont l’action n’est pas décisive. Les deux policières d’Istres, Mmes Monjeau et Chesnay, n’ont eu qu’un rôle mineur, même si elles ont établi des fausses mentions dans les procès verbaux d’enquête, ce qui relève, pour des agents assermentés, d’une cour d’assises. Je leur laisse toutefois l’anonymat.

 

Quant aux personnages plus importants, je dois, toujours pour préserver ma sécurité, révéler leur identité. Je me répète : tant que je garde le silence, j’encours le risque d’être anéanti par plusieurs de ces gens-là qui cherchent à étouffer l’affaire. C’est en révélant des noms que j’entends faire baisser la tension, car ces gens-là auront perdu l’intérêt, pour eux, de me faire taire.

 

Alors je dénonce. Le maire d’Istres ne s’appelle pas José Ricardo mais François Bernardini. Le colonel à l’ambassade du Congo n’est pas Bertrand Levallois mais Bernard Tomalak, et son contact au sein du ministère des Affaires étrangères, Jean-Jacques Béziat s’appelle Jean-Pierre Galland. Enfin, le docteur Paquette, ce psychiatre qui prétend m’avoir auditionné et qui me trouvait dans des délires paranoïaques, alors que je n’ai jamais rencontré cet homme, est le Dr Nourdine Karchouni.

Lecteur, lectrice, tu as entre tes mains une version plus correcte de la réalité. Bonne lecture, et que la fin reste heureuse. Passons à la page suivante.

 

Pour aller plus loin :